mardi 7 octobre 2008

JACQUES BREL IS ALIVE AND WELL AND FOR SALE IN PARIS

Les bottes de sept lieues, rendues légendaires par l'entremise de Charles Perrault via son fameux Chat Botté, étaient portées par les postillons en un temps où les compagnies de diligences leur confiaient missives et paquets de toute sorte d'importance. Cela, vous l'apprendrez par exemple au musée de la Poste, rue de Vaugirard. Au musée national du Sport, rue du commandant Guilbaud, une lettre signée Emile Zola informe le visiteur que l'illustre romancier était abonné au quotidien sportif "Le Vélo". Sachez aussi que le musée de la Chasse dispose d'emplacements tout à fait sympathiques puisqu'il s'étale sur deux hôtels particuliers en plein coeur du Marais. Au musée de la Chanson française... Oups, pardon. Malgré d'actives recherches, il s'avèrerait que Paris n'aurait aucun musée de la Chanson. Cela ne se peut, cherchons encore. Non. Il y a bien un musée de la Légion d'honneur, un musée Lénine (tiens?), un musée des services de santé des armées de Paris, un musée des monnaies et médailles mais rien, fichtre rien, sur le Paris des Boulevards, du café-concert, des cabarets et du music-hall. Rien. Nada. Pas une salle de cette ville escargot n'est consacrée aux aigrettes de Mistinguett, aux bananes de Joséphine Baker, au Canotier de Maurice Chevalier, au chapeau claque d'Yves Montand, au truc en plume de Zizi Jeanmaire, à la guitare de Brassens, aux Gitanes de Gainsbourg, à l'écharpe de Bruant ni à la cravate à pois de Bécaud. Tous ces symboles n'évoquent-ils pas Paris, au même titre que les bouches du métro de Guimard, les lumières de la Tour Eiffel ou les néons rouges de l'Olympia?

Paris est-elle totalement elle-même sans Juliette Gréco, Francis Lemarque, Edith Piaf, Charles Aznavour, Fréhel, Gaby Deslys, Arletty, Mick Micheyl, Barbara, Serge Reggiani, Georges Moustaki, Mireille ou Jacqueline François pour n'en citer qu'une poignée? Qu'attend-elle cette ville lumière pour célébrer ceux qui l'ont magnifiée dans tant de chansons éternelles? A croire que ce patrimoine là vaut moins que des médailles et des cerfs empaillés.

Il y a quelques temps, les effets personnels de Catherine Sauvage, immense interprète de Ferré, Mac Orlan ou Gainsbourg, prenaient le chemin de la salle des ventes, trop rapidement dispersés par des héritiers peu sentimentaux. Que de trésors gagnèrent ainsi d'obscurs coffre-fort. Aujourd'hui, c'est de Jacques Brel qu'il s'agit.

Trente ans après sa disparition, la famille d'une ancienne amante sème aux quatre vents des manuscrits originaux, inestimables témoignages de la frénésie d'écriture de l'artiste. D'intimes babioles se voient cédées au plus offrant et de précieux carnets vont se négocier comme des valeurs marchandes. Le Hall de la Chanson, seul organisme d'Etat dédié à cet art mineur, n'ayant ni le budget ni l'infrastructure idéale pour acquérir ces trésors et les mettre à disposition des amateurs ou des chercheurs, ne peut que contribuer à promouvoir une vente aux enchères exceptionnelle, certes, mais bien triste. Il eût été souhaitable que ce Hall là obtint un jour les moyens de récolter ces reliques qui bien souvent encombrent ceux qui en hérite.

Selon Paris Match, Carla Bruni fait découvrir les films de Fellini à son président de mari. Suggérerions nous au couple de se pencher rapidement sur le patrimoine musical ? Notre première dame n'est-elle point concernée au premier chef ? Le marché du disque s'effondre. Les disques sont offerts en cadeaux Bonux et Brel est en vente à Sotheby's. ça craint, non?



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