Paris est-elle totalement elle-même sans Juliette Gréco, Francis Lemarque, Edith Piaf, Charles Aznavour, Fréhel, Gaby Deslys, Arletty, Mick Micheyl, Barbara, Serge Reggiani, Georges Moustaki, Mireille ou Jacqueline François pour n'en citer qu'une poignée? Qu'attend-elle cette ville lumière pour célébrer ceux qui l'ont magnifiée dans tant de chansons éternelles? A croire que ce patrimoine là vaut moins que des médailles et des cerfs empaillés.
Il y a quelques temps, les effets personnels de Catherine Sauvage, immense interprète de Ferré, Mac Orlan ou Gainsbourg, prenaient le chemin de la salle des ventes, trop rapidement dispersés par des héritiers peu sentimentaux. Que de trésors gagnèrent ainsi d'obscurs coffre-fort. Aujourd'hui, c'est de Jacques Brel qu'il s'agit.
Trente ans après sa disparition, la famille d'une ancienne amante sème aux quatre vents des manuscrits originaux, inestimables témoignages de la frénésie d'écriture de l'artiste. D'intimes babioles se voient cédées au plus offrant et de précieux carnets vont se négocier comme des valeurs marchandes. Le Hall de la Chanson, seul organisme d'Etat dédié à cet art mineur, n'ayant ni le budget ni l'infrastructure idéale pour acquérir ces trésors et les mettre à disposition des amateurs ou des chercheurs, ne peut que contribuer à promouvoir une vente aux enchères exceptionnelle, certes, mais bien triste. Il eût été souhaitable que ce Hall là obtint un jour les moyens de récolter ces reliques qui bien souvent encombrent ceux qui en hérite.
Selon Paris Match, Carla Bruni fait découvrir les films de Fellini à son président de mari. Suggérerions nous au couple de se pencher rapidement sur le patrimoine musical ? Notre première dame n'est-elle point concernée au premier chef ? Le marché du disque s'effondre. Les disques sont offerts en cadeaux Bonux et Brel est en vente à Sotheby's. ça craint, non?

